Peste noire

La peste noire, qui s'est diffusée entre 1347 et 1352, aurait notamment emporté plus de 60 % de la population du continent européen. Dans ce livre, qui procède de ses cours au Collège de France, Patrick Boucheron prend appui sur l'historiographie, mais également sur les travaux les plus récents en archéologie, microbiologie, ou encore sciences de l'environnement, pour renouveler notre compréhension de cette crise sanitaire majeure. La nouveauté tient essentiellement au regard qu'il porte sur cette catastrophe, au-delà des sources et du continent européens. Car oui, si la peste noire n'est pas uniformément visible (manque d'archives exploitables), elle a touché la Chine et l'Asie centrale avant même l'Europe - la paléogénétique a d'ailleurs confirmé que cette épidémie trouve ses origines dans le Tian Shan, sur le rebord du plateau tibétain ; elle s'est également abattue sur le monde islamique, l'Afrique du Nord et, de manière plus incertaine, l'Inde et l'Afrique subsaharienne. Brassant les types d'archives (testaments, procès, inventaires, etc.) et les échelles, de l'immensité des civilisations au minuscule des microbes, en passant par les villes (Dijon, L'Aquila, etc.), les personnes (médecins, moines, humains endeuillés, etc.) et les animaux, Patrick Boucheron montre par ailleurs que ce fléau, s'il a ébranlé les structures mentales, religieuses, économiques des sociétés médiévales, n'a pas provoqué leur effondrement : face à la mort de masse, celles-ci ont tenu, en s'adaptant, au moins temporairement. Un essai érudit et captivant, à partir duquel on tracera (ou pas) des parallèles avec nos sociétés contemporaines confrontées au Covid-19 et à d'autres "épidémies", plus politiques celles-là.

Patrick Boucheron, Seuil, janvier 2026, 576 p., 27 E.

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