Des équations personnelles
On connaît Sylvia Serfaty pour ses travaux en physique mathématique, domaine réputé austère. Dans ce livre, elle montre pourtant combien cette recherche peut être incarnée, presque charnelle. Spécialiste des équations de Ginzburg-Landau décrivant les supraconducteurs, la mathématicienne, professeure entre la France et les États-Unis, et couronnée de nombreux prix, a étudié les vortex qui s'y forment sous l'influence d'un champ magnétique. En élaborant des outils pour passer d'une équation continue à un modèle discret de particules en interaction, elle a relié analyse, mécanique statistique et théorie des nombres. En plus d'éclairer la manière dont cette équation venue de la physique a pu devenir un vaste champ d'exploration théorique, son récit personnel donne à voir la dynamique d'un travail au long cours : quinze années sur une même équation, des articles refusés par des revues prestigieuses, des conjectures qui résistent. On y découvre une mathématicienne profondément attachée à "la puissance de l'analyse", cette capacité de comparer, d'estimer, de faire émerger des structures invisibles derrière des phénomènes physiques. Elle aborde aussi sans détour la place encore très minoritaire des femmes en mathématiques, une discipline marquée par la compétition et des biais persistants. Évoquant les soutiens décisifs qu'elle a reçus, elle plaide pour un milieu plus accueillant. À rebours du cliché d'une abstraction froide, Des équations personnelles dévoile une recherche traversée par le doute et l'élan. Si l'IA pourrait en bouleverser la pratique – chose qu'elle redoute –, Sylvia Serfaty rappelle ici avec brio que les mathématiques demeurent, pour l'heure, une aventure profondément humaine.
Sylvia Serfaty, Flammarion, janvier 2026, 224 p., 20 E.


