Au-delà de la cochlée, des implants cérébraux?
Et si les implants auditifs stimulaient directement le cerveau? Une piste explorée pour améliorer la perception sonore dans les surdités profondes.
Les implants cochléaires ont transformé la prise en charge de nombreuses surdités, mais ils ne conviennent pas à tous. Environ 100 000 personnes dans le monde, dont le nerf auditif est trop endommagé, ne peuvent pas en bénéficier. En outre, ces implants transmettent imparfaitement certaines informations acoustiques, en raison du nombre limité d'électrodes pouvant être insérées dans la cochlée. Une approche encore expérimentale propose de dépasser ces limites en stimulant directement le cortex auditif, la région du cerveau qui construit la perception sonore, grâce à plusieurs centaines d'électrodes.
Le projet Braincoder, porté par l'Institut reConnect, s'inscrit dans cette perspective. Il associe une stimulation du cortex auditif à un algorithme d'intelligence artificielle capable de traduire les sons en signaux électriques adaptés à cette région cérébrale.
Braincoder s'appuie sur plusieurs décennies de recherches sur le système auditif. Celles-ci ont ouvert la voie à une meilleure compréhension de l'activité des neurones du cortex. Ces travaux ont notamment montré que l'oreille et le cerveau traitent les sons différemment : l'oreille encode directement les ondes sonores, tandis que le cortex auditif identifie déjà des éléments complexes, comme un mot, une voix familière ou un son particulier au milieu du bruit ambiant.
Les progrès récents du traitement du signal ont donné la possibilité de reproduire une partie de ces mécanismes dans un algorithme, sans perte majeure d'information. L'équipe de Braincoder travaille désormais à mettre au point un implant capable d'intégrer cet algorithme et de stimuler efficacement le cortex auditif.
Plusieurs années seront toutefois nécessaires avant d'envisager des essais cliniques chez l'humain.
L'objectif est de fournir, à terme, une perception sonore plus riche et plus intelligible que celle offerte par les implants actuels dans les surdités profondes.
NEUROSCIENTIFIQUE, PARIS
Directeur de recherche CNRS à l'Institut reConnect - Institut de l'audition, il étudie la manière dont le cerveau transforme les sons en perceptions porteuses de sens.


